Mardi 4 janvier 2011
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A deux reprises, le Centre de la chanson m'a permis de me présenter aux lecteurs de son journal le "Petit
format"...
En janvier 2010, pour les "Décalages d'hiver" :
« Artiste enragé et utopiste, saltimbanque mondialisé » dit-on. Comment es-tu entré en chanson ?
A force de trop me taire ! J'ai longtemps craint ma plume, je chantais les chansons des autres tout en parcourant le monde, embarqué très jeune dans un
métier nomade entre Europe et solidarité internationale. A 35 ans, j'ai sauté dans le vide. J'ai fait plus de 60 concerts en 3 ans, je rencontre beaucoup d'artistes, je suis très aidé, je me
prends au jeu...
Pour Décalages d’hiver tu joues dans la catégorie « chanson d’avant garde, nouveaux langages », tu te sens vraiment
décalé ?
Dans ce monde complètement tordu, comment aller droit...! Je chante des trucs bien réels, bien râpeux et bien branques, avec une voix d'ange pleine
d'espérance.
Qu’est ce qui te pousse à monter sur les planches ?
Le corps à corps, le grain de la voix, l'ivresse du piano, les déchirures du coeur, la dérision et la provocation... Vivre ses rêves, ne jamais se sentir
arrivé, allumer du désir jusqu'à la lie !
Et en juillet 2008, à l'occasion de la sortie de mon premier album
:
Philippe, ton dernier CD (mi-livre, mi-disque) s’intitule « Saltimbanque mondialisé ». C’est quoi un
saltimbanque mondialisé ?
C’est le tiraillement entre l’intérieur, l’intime, la rencontre avec soi-même et
ceux que l’on aime, et l’extérieur, le planétaire, l’engagement, la révolte et les grands idéaux. Ca m’amuse de dire qu’en tant que saltimbanque, par essence léger, frivole et farceur, je me suis
fait mondialiser jusqu’au cou, happé par le monde, sa gravité, sa souffrance et sa beauté.
« Pieds nus et mains dans la boue », tu nous livres un monde poétique bien singulier, prophétique et
vertigineux. La solidarité planétaire tu y crois ?
Le monde est un grand bazar avec plein de recettes épatantes à tous les coins de
rue, des gens qui s’étripent, d’autres qui soignent et réparent, et oui, au milieu du morcellement général je vois vraiment des solidarités. Et puisqu’on s’est fait voler
la « mondialisation » par les champions du tout pour soi, autant aller à l’essentiel : au 21eme siècle, l’union de l’humanité est à notre portée. Je sais bien qu’à travers le petit
prisme médiatico-dépressif français ça fait doux rêveur, mais franchement, comment avancer aujourd’hui sans croire en l’homme ?
Ton univers puise dans des expériences humanitaires je crois, tu peux nous raconter ?
J’ai effectivement un autre métier, qui me vaut quelques grands moments de
confrontation avec la barbarie et l’irresponsabilité, ça secoue aux tripes et à moment donné le trop-plein pousse au cri. Mais mon écriture se nourrit aussi d’événements de vie plus personnels,
de rencontres, de départs.
Tu as été à l’école du chant lyrique. Ta voix désarçonne, envoûte et cela ne t’empêche pas de sortir des sentiers battus.
Parle-nous de ton parcours pour aller vers la chanson ?
Je manquais de couleurs. Le travail de la voix est une exploration du souffle,
du corps, de la chair, où il faut désapprendre, libérer, démanteler ses résistances : cela peut aider à chanter avec sincérité. Une chanson est une histoire que l’on écrit pour toucher au
plus profond ; sans sincérité on n’atteint pas le cœur.
Cette belle production mérite maintenant une rentrée parisienne. Tu as des projets ?
Partir à la découverte de mon public ! Je me sens une soif de rencontre
intarissable, peut-être parce que je me suis retenu quinze ans avant de réussir à tout déballer. Je prépare une tournée d’hiver, je suis invité comme artiste associé du Fourmidiable dans mes
lointaines Alpes du Sud, je poursuis ma collaboration avec le dessinateur Johan Troïanowski, j’ai la tête qui pétille et le piano qui chauffe…
Propos recueillis par Didier Desmas